En mai 2024, Luc Chatel , président du Comité Stratégique de la Filière automobile en France, signait en fanfare le Contrat Stratégique de Filière 2024-2027 avec le ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, la ministre du Travail, Catherine Vautrin, le ministre de l’Industrie, Roland Lescure et le Président de la région Hauts de France, Xavier Bertrand.

Se félicitant d’un investissement de la filière automobile sans précédent depuis 50 ans, de la vente de 300 000 véhicules électriques en 2023 soit cinq fois plus qu’en 2018 ce qui leur donne une part de marché de 17% soit dix fois plus qu’en 2018, le contrat se fixait comme objectif d’en vendre un million en 2030.

Un an plus tard, Luc Chatel sonne l’alarme. Voici ce qu’il nous dit le 15 septembre sur BFM Business : l’industrie automobile européenne est en danger de mort et joue sa survie. Ce ne sera pas possible de concilier l’agenda climatique et la perennité de l’industrie. Autrement dit on ne tiendra pas les engagements pris en 2035 de produire et de vendre 100% de véhicules électriques. Le marché s’est contracté d’un tiers en cinq ans, on a perdu un million de production de véhicules en France dans cette période, on a perdu 40 000 emplois et on risque d’en perdre encore 75 000 dans les cinq ans.  Rappelons que la filière automobile représente aujourd’hui en France 3500 entreprises et 350 000 emplois.

Il faut donc impérativement que la Commision Européenne accepte d’assouplir le calendrier et accorde des conditions de passage à la décarbonation qui garantisse l’avenir de l’industrie. Et 2ème idée, l’instauration d’une obligation de contenu local dans chaque voiture fabriquée en Europe pour protéger les sous-traitants européens. Pour lutter contre la concurrence déloyale des véhicules électriques chinois des droits de douane ont déjà été imposés par l’UE en 2024 mais les négociations sont toujours en cours.

Pour la CFE-CGC ce sont 100 000 emplois qui devraient disparaître d’ici 2030 pour 60 000 créations attendues. Autant dire que les salariés de l’automobile vont vivre des moments très difficiles dans les mois qui viennent et pour ceux qui ont des compétences transférables dans un autre domaine industriel comme la défense nous les encourageons à regarder le marché et répondre aux offres d’emploi. La défense regroupe 4000 PME autour de neuf grands groupes : Airbus Defence & Space, Ariane Group, Arquus, Dassault Aviation, MBDA, Naval Group, KNDS (Nexter), Safran et Thalès. La défense est entrée dans une phase de réarmement et le gouvernement a clairement demandé à toute la filière de se mobiliser pour produire plus et plus vite. Et pour cela, il faut augmenter l’approvisionnement, embaucher et réduire les cycles de fabrication ce qui suppose des commandes sur le long terme.

Chez Dassault Aviation, son PDG Eric Trappier rappelle qu’il faut deux ans pour gagner un point de cadence. Heueusement les ventes à l’export se portent bien. Chez MBDA, la production mensuelle de missiles Mistral est passée de 10 à 40 entre 2022 et 2025 tandis que celle du missile antichar Akéron est passée de 20 à 50 unités par mois. Chez KNDS (ex Nexter) la reconstitution des stocks de canons Caesar doit atteindre une douzaine de canons par mois. Enfin, Naval Group vise une cadence de 3 frégates par an.

La défense peut être une opportunité non seulement pour les salariés mais aussi pour l’industrie civile. Ainsi les capacités de production de la filière automobile pourraient être utilisées pour la défense. Cela permettrait d’accompagner les besoins de l’économie de réarmement et de compenser en même temps la baisse de l’activité automobile.