Le 15 octobre dernier, l’Assemblée nationale a adopté à la majorité relative de 143 voix contre 25 (toutes de La France Insoumise !) le projet de loi en faveur de l’embauche des plus de 60 ans avec notamment la création d’un CDI « Senior », dit contrat de valorisation de l’expérience.
Abstenons nous de prédire l’avenir mais ce contrat part avec un sérieux handicap car les mots ont un sens et il faut rappeler ici les contradictions du sens du mot « senior » que tout le monde utilise : dans les pays anglosaxons, quelqu’un de senior est considéré comme ayant de l’expérience. En France au contraire, quelqu’un de senior est perçu comme étant vieux, et sera vite rejeté par les employeurs avec la formule courante, hypocrite, et destructrice : »malgré les qualités que présente votre candidature, vous ne correspondez pas au profil recherché. » Toujours anonyme bien entendu. Le courage n’est pas fréquent chez les DRH. Il faut écouter l’émission Les Pieds sur terre sur France Culture
Donc avec cette loi, c’est une catégorie de senior restrictive qui est ici visée car si on identifie les seniors à la tranche d’âge 50-64 ans, leur taux d’emploi a atteint un niveau record de 69,2% (source INSEE) au 2ème trimestre 2025 et celui des 55-64 ans a atteint 61,5% dans la même période et 60,4% pour l’année 2024. C’est dire les progrès qu’on a fait depuis les années 2000 puisque ces taux d’emploi se situent dans la moyenne européenne et on pourrait se demander s’il fallait vraiment mettre en place un nouveau contrat pour les seniors.
Or si on décompose les seniors en deux tranches, on s’aperçoit que le taux d’emploi des 50-60 ans demeure élevé alors que le taux d’emploi des 60-64 ans baisse nettement à 38,9% en 2023 contre 50,9% dans l’Union européenne ce qui justifie la demande à l’automne 2024 de la ministre du Travail aux partenaires sociaux de reprendre les négociations qui avaient échoué quelques mois plus tôt pour arriver à un accord notamment sur l’emploi des seniors.
Le contrat sera expérimenté pour cinq ans. Il permet au salarié embauché de conserver son emploi jusqu’à son départ à la retraite à taux plein et en échange il permet à l’employeur de bénéficier d’une exonération patronale de 30% sur l’indemnité de départ à la retraite et de mettre fin au contrat dès que le salarié atteint cet âge.
Comme d’habitude quand il s’agit d’emploi, on claironne, on mobilise, une grande conférence nationale est organisée en avril dernier par la ministre du Travail avec tous les acteurs ; après un état des lieux que tout le monde connaît et les interventions des bons élèves, la conclusion s’impose : l’heure est grave, il faut faire quelque chose. Les entreprises s’engagent et devinez-quoi ? Elles signent une charte bien sûr avec enthousiasme et détermination. Car c’est le moment d’agir, les préfectures sont mises à contribution, les territoires aussi, un plan d’action est annoncé, des ateliers sont prévus dans toute la France et vous savez quoi ? La ministre viendra en personne assister à la présentation des résultats à l’université d’été des DRH. Incroyable non !
La différence aujourd’hui, c’est que le vieillissement de la population s’accélère et avec lui le déséquilibre du système des retraites. Et le ministère du Travail semble avoir pris enfin la mesure de la situation (situation que j’avais dénoncée dans le Monde.fr …..il y a plus de 10 ans ! à lire ici) en indiquant que l’âge est la première cause de discrimination au travail. Il y a donc urgence et Mme Panosyan-Bouvet a réussi à faire passer sa loi pour favoriser l’emploi des seniors. Mais la mise en pratique est une autre affaire qui repose toujours la même question du contrôle et de l’évaluation des politiques publiques. L’université des DRH a bien eu lieu les 26 et 27 juin dernier. Qu’en est-il des jobdatings qui étaient prévus ? A ce jour, aucune information sur le site du ministère du Travail. Il faudra probablement attendre 2027 pour connaître les chiffres de l’INSEE ou de la DARES sur le taux d’emploi des seniors en 2025. Sur ce sujet il faut écouter l’excellente émission Les Pieds sur terre du 8 décembre sur France Culture.
